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Grèce : le prix de l’incertitude

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Europe / International | Par pierre.moscovici | 10/04/2017 à 19:44
    L’incertitude est le pire ennemi de l’économie, c’est la plus grande menace pour la Grèce. Cela fait des années maintenant que je suis impliqué dans ce dossier. Et c’est ma conviction : à chaque fois que nous tergiversons, que nous hésitons, que la ligne d’horizon semble se brouiller pour le pays, son économie se met à tanguer. Aux responsabilités qui sont les miennes, le phénomène apparaît avec netteté : quand les négociations avancent, la croissance et la confiance redémarrent. Quand les négociations tardent, la croissance marque le pas. L’incertitude freine les investissements, elle empêche la réduction du chômage, elle hypothèque les tendances positives qui ont émergé dans l’économie grecque en 2016. Bref, tout retard a un coût et un poids.

    La Commission, que je représente dans les discussions avec Athènes, a tenu jusqu’au bout son rôle de facilitateur du compromis.

    Les ministres des finances des pays de la zone euro ont enfin levé cette incertitude vendredi, pour partie au moins. L’Eurogroupe – la réunion de ces ministres, issus des pays créanciers de la Grèce – est en effet parvenu à un accord de principe pour sortir de l’impasse, après des mois de négociations difficiles, parfois tendues. La Commission, que je représente dans les discussions avec Athènes, a tenu jusqu’au bout son rôle de facilitateur du compromis, avec une ultime réunion entre les principaux partenaires jusque tard dans la nuit la semaine dernière. Je veux chaleureusement remercier tous ceux qui, au sein de mes services, n’ont pas épargné leur temps et leurs forces pour parvenir à ce résultat.

    La Grèce pourra adopter des mesures de soutien à la croissance et à la société grecque – si ses objectifs budgétaires sont atteints.

    Cet accord est équilibré – c’est pourquoi la Commission l’a soutenu. Ses paramètres sont connus, je n’y reviens pas en détail. La Grèce a accepté des réformes supplémentaires pour 2019 et 2020, de l’ordre d’un point de PIB pour chaque année, avec un effort portant d’abord sur les retraites puis sur l’imposition. Cet effort couvre la période qui s’ouvre immédiatement après la fin du programme d’assistance, pour assurer la continuité de l’effort et la trajectoire de réduction de la dette. En contrepartie, la Grèce pourra adopter des mesures de soutien à la croissance et à la société grecque – si ses objectifs budgétaires sont atteints. Bref, toute marge budgétaire pourra être allouée par le gouvernement grec à des mesures d’appui à son économie ou à des dépenses à caractère social pour sa population. Le peuple grec doit voir la lumière au bout du long tunnel d’austérité dans lequel il se trouve encore et retrouver le chemin de la croissance et de l’emploi.

    Plus que des discussions sur le détail de paramètres et de procédures, il nécessitait une approche constructive et équilibrée.

    Le lourd tribut des citoyens grecs payé à la crise doit être reconnu, salué et récompensé. Cet accord est une forme de reconnaissance des efforts immenses réalisés par la Grèce ces derniers mois. Quelques chiffres concrets suffisent à en dire l’ampleur. Depuis l’été 2015, ce sont plus de deux cents mesures qui ont été prises par le gouvernement d’Alexis Tsipras pour réformer le pays – à peine imaginable dans les autres pays européens, y compris la France, où le temps politique est si long. Et en 2016, l’excédent primaire de la Grèce – qui, pour faire simple, mesure l’effort de retour à l’équilibre budgétaire du pays – a été d’au moins 3% du PIB, soit six fois supérieur à la cible prévue ! Le pays est aussi en voie d’atteindre son objectif de 1,75 % du PIB en 2017 et de 3,5 % en 2018. Ces résultats ne tombent pas du ciel. Ils sont le fruit d’une consolidation budgétaire extrêmement dure. Quel pays européen a connu un tel ajustement? Alors oui, ce lourd tribut des citoyens grecs payé à la crise doit être reconnu, salué et récompensé !

    Parvenir à un accord nécessitait de la bonne foi et un véritable engagement, une vraie volonté de conclure de la part de tous. Cela a été mon message tout au long de ces négociations. Plus que des discussions sur le détail de paramètres et de procédures, il nécessitait une approche constructive et équilibrée, avec un impératif : prendre en compte les efforts accomplis et ancrer les fruits qu’ils commencent à porter en évitant de prolonger indûment une incertitude corrosive pour le pays. Cela vaut pour tous les partenaires de la Grèce – Etats membres, Fonds Monétaire International (FMI) et Mécanisme Européen de Stabilité (MES). Nous y sommes finalement parvenus – non sans mal, il faut le reconnaître.

    La route reste longue, mais les nuages sur le chemin commencent à s’estomper, enfin.

    S’agissant d’un accord de principe, il n’est évidemment pas un point final. Les principales questions ont été tranchées, mais il reste à le mettre en forme techniquement, avec ce qu’on appelle un staff-level agreement (SLA) – en français un accord au niveau des équipes techniques. C’est à cela que s’attèlent à présent celles- ci, avec pour objectif de finaliser ce travail dans les toutes prochaines semaines. Un SLA est une condition nécessaire pour clôturer avec succès le 2ème examen du programme d’aide à la Grèce, ouvrant ainsi la voie au déboursement d’une nouvelle tranche d’aide.

    Vendredi, un pas important a été franchi pour faire revenir la confiance en Grèce et soutenir le redressement économique du pays. Je m’en réjouis, après avoir travaillé sans relâche pour trouver une solution prenant certes en compte l’intérêt des partenaires de la Grèce, mais avant tout attentive aux aspirations d’un peuple que la crise a fait terriblement souffrir. La route reste longue, mais les nuages sur le chemin commencent à s’estomper, enfin. Continuons le combat pour les dissiper totalement.


Un an après, qu’ont changé les Panama Papers?

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Europe / International | Par pierre.moscovici | 07/04/2017 à 12:34
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Il y a un an, les Panama Papers révélaient au grand public l’ampleur inédite d’un système d’évasion fiscale via des sociétés offshore, dans toute son indécence. Rarement scandale fiscal n’avait déclenché une telle onde de choc planétaire.

Mais les Panama papers présentaient aussi, à mes yeux, l’opportunité unique d’une prise de conscience collective: il faut, enfin, apporter une vraie réponse politique à l’évasion fiscale. C’est l’occasion de donner une impulsion décisive à un combat où les avancées se font traditionnellement à tous petits pas. Très vite la solution est apparue : imposer la transparence. Voilà, en un mot, le fil conducteur de mon action de Commissaire en charge des questions fiscales en réponse à ce scandale.

Où en est-on aujourd’hui? Les changements sont visibles à plusieurs niveaux : en matière extérieure, au niveau des Etats Membres de l’Union, et au niveau des citoyens.

La législation adoptée ces derniers mois et les accords signés ont mis fin au secret bancaire en Europe.

En matière extérieure, l’Union élabore pour l’automne une liste européenne de paradis fiscaux, c’est-à-dire les juridictions qui ne mettent pas en œuvre les principes et pratiques de bonne gouvernance fiscale édictés par le G20 et l’OCDE. Je souhaite qu’elle puisse être assortie de sanctions en cas de non-respect. Si ces progrès peuvent paraître modestes, il faut mesurer le chemin parcouru : auparavant les Etats Membres refusaient purement et simplement ne serait-ce que d’aborder le sujet. Cette année, nous allons nous doter pour la première fois d’un outil européen de dissuasion et de pression, pour porter le fer au-delà des frontières de l’Union. La législation adoptée ces derniers mois dans l’Union européenne et les accords signés avec Andorre, la Suisse, Monaco ou le Liechtenstein ont mis fin au secret bancaire en Europe. Quant au Panama, il a changé sa législation et doit aujourd’hui répondre aux demandes d’information que lui adressent d’autres pays. Oui, jeter une lumière crue sur des pratiques inacceptables permet de faire bouger les lignes.

La Commission a ensuite poussé les Etats Membres à adopter des mesures pour faire progresser la transparence – et ce en un temps record, six mois. C’était notamment l’enjeu derrière la directive sur les rapports publics des entreprises. Ainsi, les multinationales doivent aujourd’hui communiquer aux autorités fiscales des informations – chiffre d’affaires, impôts acquittés, nombre d’employés – ventilées par pays. Les autorités fiscales des Etats membres s’échangent automatiquement ces informations, pour détecter les éventuelles tentatives d’évasion fiscale de certaines entreprises.

Il fallait agir avant que la fenêtre de tir ouverte par les scandales ne se renferme : c’est fait.

Dans ce domaine où l’unanimité paralyse si souvent l’action, les Etats Membres ont compris qu’ils ne pouvaient être du mauvais côté de l’histoire. Politiquement, c’était s’exposer aux foudres des citoyens. C’est en tout cas le message que je me suis appliqué à leur faire passer, avec l’aide précieuse du Parlement européen, qui m’a beaucoup soutenu dans ce dossier – en ayant conscience aussi du fait que le souffle et l’émotion suscités par les Panama Papers allaient retomber avec le temps. Il fallait agir avant que la fenêtre de tir ne se renferme : c’est fait.

Les citoyens ont compris que tout euro évaporé dans l’évasion fiscale est un euro en plus à charge des ménages ou un euro en moins pour les services publics.

Au niveau des citoyens enfin, l’indignation suscitée par les Panama Papers a fait émerger une vraie « conscience sociale » des enjeux fiscaux. Avant, ils voulaient savoir si leur t-shirt siglé avait été fabriqué dans un sweat shop. A présent, ils exigent aussi qu’il provienne d’une entreprise « fiscalement responsable ». Ils ont parfaitement compris que tout euro évaporé dans l’évasion fiscale est un euro en plus à charge des ménages ou un euro en moins pour les services publics. Cette demande citoyenne de transparence, je l’ai toujours relayée en soutenant le reporting pays par pays public.

Par définition transfrontière, l’évasion fiscale ne peut trouver de réponse efficace au seul niveau national.

Ce n’est pas la fin de l’histoire. En plus de la liste européenne des paradis fiscaux, j’ai cette année -avant l’été – en ligne de mire les intermédiaires qui créent et qui vendent à des entreprises et des particuliers les moyens de pratiquer l’évasion fiscale et d’échapper à l’impôt. La créativité dans ce domaine est sans limite, et je sais que le combat contre l’évasion fiscale doit être mené sans interruption.

Enfin, à ceux qui doutent de la valeur ajoutée de l’Union, je pose une question simple : pensez-vous qu’un Etat pourrait, seul dans son coin, lutter efficacement contre ce phénomène ? Par définition transfrontière, l’évasion fiscale ne peut trouver de réponse efficace au seul niveau national. Avec l’Europe, nous avons une chance de relever le défi.


France-Allemagne: impressions de campagnes

Catégorie : Actualité,Europe / International,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 13/03/2017 à 15:21

2017 sera pour l’Europe une année électorale décisive. Ses deux principaux piliers, la France et l’Allemagne, sont en campagne. Sur le terrain politique comme dans le champ économique, le contraste est frappant, et cela doit alimenter nos réflexions.

Mardi dernier, j’étais à Berlin, où j’ai rencontré à la fois mes amis sociaux-démocrates, Martin Schulz et Sigmar Gabriel, des ministres et parlementaires conservateurs de la CDU, les responsables des syndicats et du patronat. Tous ont la tête dans la préparation des élections du mois de septembre et le débat s’est déjà installé, dans des conditions plutôt prometteuses. Certes, l’Allemagne n’est pas à l’abri de la menace populiste. Elle assiste à la montée d’une formation d’extrême-droite xénophobe et islamophobe, l’AFD. Mais la percée de celle-ci semble jugulée autour d’un score – considérable pour l’Allemagne – de 10%. Et la confrontation électorale s’est réorganisée autour des deux grandes formations historiques de la démocratie allemande, la CDU et le SPD.

Le combat en Allemagne sera rude, sans doute serré, mais il opposera deux candidats respectés et bien identifiés.

Chacune d’entre elles a désormais son candidat. Angela Merkel défendra son bilan et la réussite économique du pays. Elle mettra en avant son expérience internationale, son leadership européen, la force de ses valeurs, sa capacité à incarner et rassembler le peuple allemand. Le SPD, très affaibli ces dernières années par sa participation minoritaire au sein d’une grande coalition, reprend des couleurs grâce à un changement de leader réussi et consensuel. Sigmar Gabriel a été remplacé par Martin Schulz, qui fait figure d’homme neuf et qui va apporter au combat électoral son énergie, son humour, sa combativité, son éloquence. Le combat sera rude, sans doute serré, sans concessions – la CDU tentera de faire passer Martin Schulz pour un dangereux populiste de gauche, le SPD jouera sur la supposée « fatigue » d’Angela Merkel. Mais il oppose deux candidats respectés, respectables et bien identifiés, capables de diriger leur pays avec efficacité et crédibilité et de promouvoir l’Europe

Les Allemands auront des choix clairs à opérer, autour de programmes clairs, organisés autour d’un terrain commun – l’engagement européen.

Ce sera aussi un combat d’idées. Les conservateurs défendront la liberté économique et la stabilité financière, ils continueront à promouvoir une Europe de la rigueur et de l’effort, refusant les transferts et privilégiant la réduction des risques sur le partage des responsabilités. Les sociaux-démocrates, soutenus par les syndicats, se battront pour l’augmentation des investissements publics, quitte à dépenser un peu plus, pour le retour sur une partie des réformes de Gerhard Schröder, conçues dans une période de chômage de masse, pour une Europe plus solidaire, donnant plus d’outils démocratiques et politiques à la zone euro. Plusieurs types de coalitions seront possibles – soit la reconduction de la grande coalition actuelle, soit des accords avec les Verts, le Parti de gauche ou les libéraux. Bref, les Allemands auront des choix clairs à opérer, autour de programmes clairs, organisés autour d’un terrain commun – l’engagement européen, la bonne gestion des finances publiques, l’économie sociale de marché – mais aussi d’un clivage gauche/droite clair, net, sans ambiguïté. En septembre 2017, le paysage politique allemand sera sûr, ordonné, le choix démocratique aura donné une direction ferme au pays.

Force est de constater que le scénario Marine Le Pen, pour improbable qu’il soit, n’est plus une impossibilité absolue.

La situation française, à l’évidence, n’est pas aussi enviable. Partout en Europe, l’éventualité d’une élection de Marine Le Pen suscite l’inquiétude, voire l’effroi. Je m’efforce toujours de rassurer tous ceux qui m’interrogent : je suis persuadé que cela n’arrivera pas, tant cette hypothèse échappe à la raison, qui reste une vertu française. Mais force est de constater que ce scénario, pour improbable qu’il soit, n’est plus une impossibilité absolue, tant les idées nauséabondes du Front national ont pris de place dans le débat, tant est grande aussi la confusion, et même la décomposition, du paysage politique français.

Le double affaiblissement de la gauche socialiste et la droite conservatrice permet l’émergence d’une nouvelle option, habilement attrape-tout.

Car les formations politiques traditionnelles de notre pays sont loin de faire preuve de la même résilience ou de la même capacité de rebond qu’Outre-Rhin. La campagne est loin d’être finie, mais on connait ses tendances. La gauche, divisée, s’est considérablement décentrée, y compris sur la question européenne. Le parti socialiste se distancie à l’excès de sa pratique du pouvoir et ne serait pas en mesure, à ce stade, de se qualifier pour le second tour de la présidentielle. La droite républicaine, qui s’était déjà divisée au moment de sa primaire, voit sa campagne obscurcie et entravée par les démêlés judiciaires de son candidat. Elle aussi aborde la dernière ligne droite en situation de faiblesse, d’autant qu’en se radicalisant elle court le risque de perdre la faveur des électeurs du centre. Ce double affaiblissement de la gauche socialiste et la droite conservatrice permet l’émergence d’une nouvelle option, habilement attrape-tout, empruntant à la fois à la droite et à la gauche, suscitant les ralliements de personnalités et de courants opposés depuis toujours, mais du coup plus difficilement lisible et prévisible. La campagne électorale française brouille les cartes, elle n’éclaire pas les enjeux.

Le second tour qui s’annonce ne permettra pas de traiter les interrogations et les inquiétudes des Français, à commencer par la puissance des inégalités.

Le deuxième tour inédit que promettent aujourd’hui les sondages risque donc de déboucher sur une situation dangereuse ou fragile. Il serait le produit d’une crise politique profonde et durable, que l’élection présidentielle, à elle seule, ne pourrait résoudre, mais dont elle constitue une nouvelle phase. Il exprimerait en effet un nouveau clivage – entre l’ouverture et la fermeture, l’engagement européen et son rejet – dont la pertinence ne permet pas pour autant de traiter toutes les interrogations et les inquiétudes des Français, à commencer par la puissance des inégalités. En mai 2017, beaucoup restera à faire en France, à commencer par le dessin d’une majorité parlementaire permettant une gouvernance apaisée et cohérente du pays.

Ce contraste franco-allemand s’explique. Il trouve sans doute ses origines dans deux facteurs fondamentaux, qui font la force de l’Allemagne et soulignent nos points faibles. Tout d’abord, l’inégalité des performances économiques, et donc de la cohésion sociale, entre les deux pays. Il n’y aura pas de véritable reflux du populisme sans la poursuite du redressement économique et de la crédibilité budgétaire de la France. Ensuite, les sens des responsabilités et la capacité à coopérer des leaders politiques et syndicaux face à la crise. La France a aussi besoin de retrouver un débat politique digne de sa tradition et à la hauteur des enjeux de notre époque.

Une démocratie vivante et saine exige un consentement commun à un intérêt général national, un engagement européen puissant et partagé, un clivage droite/gauche net, un attachement sans faille aux institutions et au droit.

Et pour cela aussi, l’Allemagne ouvre en partie la voie. On peut construire sans renoncer à nos différences politiques : la campagne française oppose des profils politiques et s’apparente à un jeu de massacre, tandis que le débat allemand confronte des programmes charpentés, portés par des personnalités rassembleuses de leur camp et potentiellement de leur pays. Une démocratie vivante et saine exige un consentement commun à un intérêt général national, un engagement européen puissant et partagé, un clivage droite/gauche net, mais aussi réaliste et respectueux, un attachement sans faille aux institutions et au droit. Si nous voulons enfin faire reculer le Front National, continuer à peser dans le monde, inspirer l’Europe, et retrouver une plus grande confiance en notre destin commun, et quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, il faudra travailler au dépassement de notre crise politique. Ce sera un défi pour toutes les forces politiques, à commencer par la gauche sociale-démocrate, qui devra retrouver sa force et son crédit.


L’Europe vaut bien un débat

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Europe / International,Réflexions | Par pierre.moscovici | 01/03/2017 à 16:41
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L’Europe fait face à un doute existentiel profond. Après soixante ans de paix, de progrès économique et social sans précédent, de réunification de ses peuples et de succès majeurs comme l’euro, les citoyens européens se demandent pourtant où va l’Europe. Voire, pour certains, s’il faut continuer la construction européenne telle que nous la connaissons.

Est-ce la « crise de la soixantaine » pour l’Union européenne, née des Traités de Rome le 25 mars 1957 ? Est-ce la suite politique logique, après une crise économique très dure qui a frappé nos économies et nos sociétés depuis neuf ans ? Faut-il y voir le début du délitement du projet européen après le référendum britannique de juin dernier, conduisant au Brexit en 2019 au plus tard ? Est-ce le résultat des coups de boutoir populistes qui secouent nos opinions publiques, inquiètes d’un monde troublé et dangereux ? C’est sans doute un peu de tout cela à la fois.

L’union « sans cesse plus étroite entre les peuples » ne résume plus à elle seule les aspirations des 27 nations réunies dans l’Europe post-Brexit.

Mais c’est aussi – et surtout à mes yeux – un besoin fondamental et profond de discuter l’avenir de l’Europe avec les peuples. La paix – jadis l’objectif intemporel et ciment du projet politique – ne suffit plus à nourrir une vision commune : elle est désormais vue comme un acquis, non comme une promesse face à une menace de guerre européenne. L’union « sans cesse plus étroite entre les peuples » ne résume plus à elle seule les aspirations des 27 nations réunies dans l’Europe post-Brexit.

Alors, oui, reconnaissons-le : l’Europe est face à des choix profonds. Que voulons-nous faire ensemble pour les années qui viennent ? Quel destin pour notre continent ? Quelle vision commune, quels projets concrets, quelle souveraineté veut-on partager ? Quelles conséquences pour tous ces choix politiques ?

Le Livre blanc présente cinq chemins pour le futur de notre continent.

La Commission européenne – créée pour incarner l’intérêt général européen – prend ses responsabilités et lance le débat sur l’avenir de l’Europe. Je recommande à tous ceux qui s’intéressent à notre Union de lire ce document. Il fait un bilan utile sur nos réalisations communes, que l’on oublie trop souvent. Il pose un constat lucide sur les défis actuels et surtout présente cinq chemins pour le futur de notre continent.

Ces cinq chemins s’offrent à nous à ce carrefour de notre histoire. Ils ne se valent pas.

Tout d’abord, la voie classique, celle de l’Europe des « petits pas ». C’est la continuité de la méthode actuelle, dans laquelle la Commission propose des avancées dans les domaines les plus urgents – migration, économie – liés à des crises concrètes. Et dans des délais plus ou moins rapides, et avec des compromis plus ou moins solides, l’Europe continuerait à avancer, en répondant aux crises du moment, mais sans percée décisive et au prix d’une certaine fragilité.

On pourrait aussi envisager de revenir à ce que certains considèrent être l’essentiel, soit le marché intérieur. Constatant une manque d’ambition politique commune, les 27 se contenteraient d’approfondir le marché intérieur, où il reste de nombreux chantiers tels que le numérique, l’énergie, lever les obstacles à la vie des entreprises. Les autres politiques – moins consensuelles – seraient laissées pour des temps meilleurs, au risque de limiter notre capacité à aller de l’avant et de privilégier le business sur les citoyens.

Partant de là, d’autres proposeront certainement le « groupe des pionniers » : en l’absence de vision à 27, un groupe d’Etats plus ambitieux devraient pouvoir aller de l’avant et construire des solidarités plus fortes dans des domaines précis et concrets – défense, sécurité intérieure, fiscalité, social… Cette « Europe à deux vitesses », ou à géométrie variable, devrait garder la porte ouverte pour ceux qui voudraient rejoindre ces pionniers. Schengen et l’euro se sont bâtis ainsi. La coopération renforcée en est la base dans nos traités. Inconvénient : les droits des citoyens européens ne sont plus tout à fait égaux.

Une quatrième voie existe, celle de la défaisance – et je la combats : décider de faire moins pour se concentrer sur quelques politiques clés, et rendre les autres compétences, telles que le social, la politique régionale ou l’environnement aux Etats, considérant que la valeur ajoutée européenne est moindre que l’action des Etats seuls. J’ai la conviction que nous passerions ainsi à côté de nos responsabilités historiques face aux menaces qui pèsent sur notre continent.

Enfin, il y a la voie du saut politique collectif : les 27 prennent conscience des défis communs et décident d’avancer ensemble – profondément et résolument – dans les domaines clés pour leur futur et pour la vie des citoyens. On se doute qu’elle a ma préférence : c’est celle que je m’efforce de faire progresser par mon action et mes convictions. Mais je suis conscient qu’il faut accroître sa capacité à entraîner nos peuples qui doutent.

La campagne présidentielle française est une parfaite occasion de débattre de ces cinq voies.

Ces cinq chemins s’offrent à nous à ce carrefour de notre histoire. Ils ne se valent pas. Mais ils posent des questions fondamentales en termes politiques et économiques. Il faut en débattre.

La campagne présidentielle française en est une parfaite occasion. Chaque candidat se prononce pour ou contre l’Europe, chacun a un programme différent, proposant tantôt la mort de l’Union européenne, tantôt sa réorientation économique, ou le retour de certaines compétences vers les Etats. On reconnaîtra ces cinq chemins dans les programmes des uns et des autres.

Lequel voulez-vous prendre ? C’est à vous de décider. C’est aux candidats, mais aussi à chacun d’entre nous, de vous convaincre par le débat, l’argumentation et la preuve.


Marine Le Pen will das Ende Europas !

Catégorie : Actualité,Europe / International,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 24/02/2017 à 21:45
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Europa wird 60 Jahre alt! Das ist eigentlich kein Alter für ein so weitreichendes politisches Projekt. Gleichwohl ist es beeindruckend, was Europa in den Jahrzehnten seit dem Ende des Zweiten Weltkrieges erreicht hat.

Die Europäische Union erlebt seine erste echte politische Krankheit. Natürlich hat sie in den vergangenen 60 Jahren bereits andere Krankheiten durchlitten, aber diesmal scheint sie etwas Ernsteres auszubrüten, eine akute Krankheit, die tiefer geht, sich im Innern breit macht und die EU bedroht, sie von innen zu zerfressen. Die Symptome sind bekannt und offensichtlich: das Risiko des politischen Zerfalls nach dem Brexit, der drohende Verlust eines durch eine gemeinsame Vision der 27 Mitgliedstaaten getragenen europäischen Gemeinschaftsinteresses, wachsende wirtschaftliche und soziale Ungleichheit, zunehmender anti-europäischer Populismus, desillusionierte Bürger, die Kritik an der Bürgerferne der technokratischen Gemeinschaftsinstitutionen… Das Krankheitsbild ist ernst, die Prognose für den Patienten kritisch.

Nur eine Kandidatin, Marine Le Pen, proklamiert dagegen einfach die Abschaffung Europas.

In Frankreich, wo demnächst Präsidentschaftswahlen anstehen, streifen sich die Kandidaten Ärztemaentel über und nehmen am Krankenbett Platz, um dem Patienten Europa mehr oder weniger enthusiastische Raschläge zur Heilung zu geben. Die Arzneien, die die Vertreter aus dem rechten wie aus dem linken Lager verschreiben wollen, sind mal mehr und mal weniger erfolgversprechend. Zumindest findet ein demokratischer Diskurs über die Heilung Europas statt. Nur eine Kandidatin, Marine Le Pen, proklamiert dagegen einfach die Abschaffung Europas. Fuer mich ist das ein politisches Verbrechen!

Die Behandlung, die sie vorschlägt ist schlimmer als die Krankheit. Sie leistet aktive Sterbehilfe für Europa. Sie ist die einzige unter den Anwärtern für das höchste Staatsamt Frankreichs, die den Austritt aus dem Euro und das Ende der Mitgliedschaft Frankreichs in der Europäischen Union zum politischen Ziel erklärt hat.

Frankreich hat sich in der Europäischen Union neu erfunden und wurde durch seine 60-jährige Mitgliedschaft gestärkt.

Ihr Vorschlag ist ein enormer historischer und wirtschaftlicher Irrtum, und ein beispielloser politischer Schwindel zugleich, der sich zu allererst gegen Frankreich selbst richtet – ein Land das zum Aussätzigen der Staatengemeinschaft würde – und dort am meisten den Schwachen schaden würde, also genau dem « Volk », das sie vorgibt, schützen zu wollen, das ihr aber in Wirklichkeit lästig ist.

Zunächst zum Irrtum in der Analyse: Ich bezweifle, dass Frankreich als einsamer Reiter besser dasteht in einer Welt, in der wir immer neuen Bedrohungen ausgesetzt sind. Frankreich hat heute einen Anteil an der Weltbevölkerung von gerade einmal 1%, und Frankreichs Einfluss auf der Weltbühne ist eng mit seiner Vergangenheit als europäischer Großmacht verbunden. Dieses Erbe verbleicht aber mit der Zeit. Frankreich hat sich in der Europäischen Union neu erfunden und wurde durch seine 60-jährige Mitgliedschaft gestärkt. Dank der Führungsrolle Frankreichs in Europa, bewahrt sich Frankreich eine Führungsrolle in der Welt.

Die der Front National verfolgt, in Wirklichkeit einer neue Form eines defätistischen Patriotismus den Weg bereiten?

Europa sterben zu lassen bedeutet Frankreich die Luft abzudrehen. Vielleicht ist das heimliche Projekt von Marine le Pen ja, Frankreich eine ruhige Zukunft im Reigen der Länder zu schaffen, die von der Geschichte längst in Vergessenheit geraten sind. Dann soll sie das sagen! Und ich will zwei Fragen hinzufügen: sind sich ihre Unterstützer darüber im Klaren, dass sie mit den Zielen, die der Front National verfolgt, in Wirklichkeit einer neue Form eines defätistischen Patriotismus den Weg bereiten? Ganz zu schweigen davon, dass geschwächte Staaten meistens im Einflussbereich anderer Schutzmächte enden. Wer sollen denn die neuen Schutzmächte eines marine-blauen Frankreichs sein? Putins Russland oder das Amerika von Donald Trump ? Und von welcher Souveränität sprechen wir dann noch?

Frankreich hat die Wahl zwischen der sinkenden Souveränität eines Landes, das politisch schrumpft, und einer erweiterten Souveränität eines Landes das zum Machtzentrum Europas gehört. In einer Welt, in der die Bedrohungen aus dem Osten, Süden und Westen zunehmen, liegt der Schlüssel für die Zukunft Frankreichs in der Genesung und Stärkung Europas. Und nur so können wir in der Weltliga bestehen. Frankreich braucht Europa. Und Frankreich hat die Pflicht und Kapazität Europa zu gestalten. Es darf sich nicht in Isolationismus zurückziehen. Das passt nicht zu unseren Werten. Und es darf sich nicht in der nostalgischen Betrachtung längst vergangener Größe verlieren.

Der Front National lügt den Schwächsten ins Gesicht, ausgerechnet jenen Menschen, denen seine Positionen am meisten schaden würden.

Aber jenseits der Analyse, empört mich vor allem die politische Heuchelei. Der Front National lügt den Schwächsten ins Gesicht, ausgerechnet jenen Menschen, denen seine Positionen am meisten schaden würden. Sie wären die ersten Opfer, wenn infolge eines « Frexit » Zinsen und Inflation nach oben schnellten, der Wert privater Vermögen und Ersparnisse verfiel, Vertrauen in unsere Volkswirtschaft verloren ginge und die Arbeitslosigkeit massiv anstiege.

Wer für Le Pen stimmt, votiert für den Austritt aus dem Euro und nimmt den damit verbundenen Wert- und Kaufkraftverlust in Kauf. Das muss klar und deutlich gesagt werden. Dieser fatale Wahnsinn muss bekämpft werden. Ohne den Schutz des Euro, greifen die Märkte unsere Banken und Ersparnisse an. Ohne die Europäische Union haben wir niemanden mehr, der für uns das Wort erhebt, und keiner wird uns hören, wenn wir im wirtschaftlichen Abschwung um Hilfe rufen. Denn was immer die falschen Propheten auch sagen, das Ende des Euro oder der Europäischen Union bringt keine heilsame Katharsis, sondern es löst eine Katastrophe aus, der Frankreich als erstes zum Opfer fiele.

 » Nationalismus bedeutet Krieg « . Und im Krieg leiden die Schwächsten immer am meisten!

Ich bin kein naïver oder blinder Europäer. Ich höre die Unzufriedenheit und nehme die Kritik an Europa wahr. Wir müssen darauf Antworten finden. Und dazu gehört, die Stimmen jener ernst zu nehmen, die ihr Unbehagen und ihre Verzweiflung zum Ausdruck bringen und sich als Globalisierungsverlierer wahrnehmen. Ja, wir müssen schützen, aber ohne dabei in die Falle von Scheinlösungen mit nationalistischen Reflexen zurückzufallen oder Europa zu zerstören. François Mitterrand hat gesagt:  » Nationalismus bedeutet Krieg « . Und im Krieg leiden die Schwächsten immer am meisten!

Ich richte deshalb meine Botschaft an jene, die im kommenden Mai an die Wahlurnen gehen. Sie haben das Recht, wütend zu sein auf die Parteien, gegen die Politik zu sein, und gegen die europäischen Institutionen. Aber machen Sie Europa nicht kaputt! Legen Sie nicht Feuer an unser gemeinsames Haus! Europa ist unsere Zukunft und unser Schutz. Mit der Zurückweisung Europas erteilen Sie dem Untergang Frankreichs Ihren Segen. Europa braucht echte Mediziner, keine Scharlatane. Wir müssen Europa heilen, und es nicht auseinanderreißen.


Marine Le Pen wants to kill Europe!

Catégorie : Actualité,Europe / International,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 24/02/2017 à 21:23
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Europe will be 60! It is young for such a vast political project. But it represents so much when you look at everything that has been accomplished since the Second World War.

A health check of the European Union now reveals its first real political illness. One might say that in 60 years the Union has seen others; but it now seems to be facing something sharper, deeper, something that is eating away at it from within. The symptoms are known and visible: risk of political breakdown with Brexit, the loss of a sense of the general European interest that would now need to be driven by a common vision of the remaining 27 Member States, economic and social disparities, the rise of anti-European populism, the disenchantment of citizens, and distance from technocratic community institutions … The disease is serious and may be critical.

Only one candidate, Marine Le Pen, simply proposes to destroy Europe rather than heal it. I call this a political crime!

Therefore, to treat our sick Europe, in France, as the presidential election approaches, each has put on his white coat, and – with more or less enthusiasm – has gone to the patient’s bedside to dispense his medical advice. Many – both on the right and left – are offering more or less effective treatments. This is being discussed democratically.Only one candidate, Marine Le Pen, simply proposes to destroy Europe rather than heal it. I call this a political crime!

The remedy she proposes is worse than the sickness identified: it is the euthanasia of Europe. She is indeed the only one among the candidates to the highest office to make the end of the euro and membership in the European Union a political objective.

France has reinvented and strengthened itself in the European Union for 60 years.

This is both an enormously misguided and incorrect analysis of history and economics, and an unprecedented political duplicity that would eventually turn against France itself – rendering France an outcast among nations, to the detriment of the most vulnerable of our fellow citizens; the very « People » these ideas claim to defend but which, in truth, such a turn of events would overwhelm.

First, the error in analysis: I do not believe that France will do better by going it alone, amid the new world that is taking shape, riddled with yet unknown threats. France now represents 1% of the world’s population and its influence is largely linked to our history as a great European power. These legacies fade over time. France has reinvented and strengthened itself in the European Union for 60 years. It is because it is a European leader that France remains a world leader.

Are Marine Le Pen supporters aware of the kind of new patriotism – the national-defeatist kind – that the National Front proposes?

To kill Europe is, therefore, to asphyxiate France. Perhaps Marine Le Pen’s plan is, after all, to propose to France a provincial and marginalised future as a peripheral nation, like the so many that history has long forgotten. Then let her say so! And let me ask two questions: are her supporters aware of the kind of new patriotism – the national-defeatist kind – that the National Front proposes? Not to mention that weakened states usually finish by finding themselves in the orbit of a powerful protector. Who or what then would be the protector of France? Putin’s Russia or America’s Donald Trump? And what kind of sovereignty would we then speak of?

We, therefore, have the choice between a diminished sovereignty, that of an ever smaller nation, or the enlarged sovereignty of a France inscribed in the heart of a powerful Europe. The remedy to this can only be the strengthening of Europe to ensure the survival of France in a world where threats to the East, the South and the West are rumbling. That is how we will remain strong on a global scale. France needs Europe. It has the duty and the capacity to shape Europe, and must not withdraw into an isolationism that does not correspond to our values or be absorbed by the nostalgic contemplation of its past greatness.

The National Front is lying to the most fragile, who will be the worst affected.

But beyond analysis, it is the political duplicity, or sham, that makes me indignant. Indeed, the National Front is lying to the most fragile, who will be the worst affected. The most fragile will be the first victims of rising interest rates and the inflation that would be seen following a « Frexit »; the devaluation of wealth and savings that this would entail; as well as the loss of confidence in our economy and the resulting unemployment that would ensue.

Voting Le Pen means to leave the euro and thus regain a devalued national currency and lose purchasing power. We must say what it means and fight this mortifying madness. Without the protection of the euro, markets will attack our banks and thus our savings. Without the European Union, we would no longer have the European voice to back us and nobody would hear our calls for help during a recession. Whatever the critics say, the end of the Euro or the end of the European Union would not be a catharsis, but a cataclysm, of which France would be the first victim.

« Nationalism is war. » And in war, it is always the weakest who suffer first!

I am not naive, nor a blind European. I hear the dissatisfaction of our citizens and the criticisms of Europe. These calls must be answered; we must listen and take into account the pleas of those who feel themselves the losers of globalisation. Yes, we must protect; but without yielding to the fallacy of a nationalist response or the fallacy that the dismantling of Europe could ever be a solution. For as Francois Mitterrand once said: « Nationalism is war. » And in war, it is always the weakest who suffer first!

I want, therefore, to send a message to those who will go to the polls this May. You have the right to be angry with parties, politics, and the European institutions. But do not break Europe! Do not burn our common home! Europe is our future and our protection. To renounce it is also to mortally wound France. Europe needs doctors, not charlatans. We must look after it, not finish it off.


Marine Le Pen veut tuer l’Europe !

Catégorie : Actualité,Europe / International,Politique,Réflexions | Par pierre.moscovici | 24/02/2017 à 15:25

L’Europe va avoir 60 ans ! C’est jeune pour un projet politique aussi vaste. C’est beaucoup quand on regarde tout ce qui a été accompli depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le bilan de santé de l’Union européenne fait apparaître sa première vraie maladie politique. On pourrait se dire qu’en 60 ans, elle en a vu d’autres, mais elle semble couver quelque chose de plus aigu, de plus profond, quelque chose qui la ronge de l’intérieur. Les symptômes sont connus et visibles : risque de délitement politique avec le Brexit, perte de sens de l’intérêt général européen portée par une vision commune des 27 Etats membres restants, disparités économiques et sociales, montée des populismes anti-européens, désenchantement des citoyens, distance technocratique des institutions communautaires… La maladie est sérieuse et le pronostic vital est peut-être engagé.

Une seule candidate, Marine Le Pen, propose tout simplement d’achever l’Europe plutôt que de la guérir.

Alors pour soigner l’Europe malade, en France, à l’approche de l’élection présidentielle, chacun enfile sa blouse blanche, se rend à son chevet – avec plus ou moins d’enthousiasme – et y va de son conseil médical. Beaucoup – à droite comme à gauche – proposent des traitements plus ou moins efficaces. Ça se discute démocratiquement. Une seule candidate, Marine Le Pen, propose tout simplement d’achever l’Europe plutôt que de la guérir. J’appelle cela un crime politique !

Car le remède qu’elle propose est pire que le mal : c’est l’euthanasie de l’Europe. Elle est en effet la seule, parmi les prétendants à la magistrature suprême, à faire de la fin de l’euro et de l’appartenance à l’Union européenne un objectif politique.

La France s’est réinventée et s’est renforcée dans l’Union européenne depuis 60 ans.

C’est à la fois une énorme erreur d’analyse historique et économique et une imposture politique sans précédent, qui finiraient par se retourner contre la France elle-même – soudain pestiférée entre les Nations – et contre les plus vulnérables de nos concitoyens – le « peuple », justement ceux qu’elle prétend défendre et qu’en vérité elle accablerait.

Erreur d’analyse tout d’abord: je ne crois pas que la France s’en sortira mieux en faisant cavalier seul, dans le nouveau monde qui se profile, fait de menaces inédites. La France représente aujourd’hui 1% de la population mondiale et son influence est largement liée à notre histoire de grande puissance européenne. Ces héritages s’estompent avec le temps. La France s’est réinventée et s’est renforcée dans l’Union européenne depuis 60 ans. C’est parce qu’elle est un leader européen, que la France reste un leader mondial.

Les soutiens de Marine Le Pen sont-ils vraiment conscients du patriotisme d’un genre nouveau, national-défaitiste, que le Front National propose?

Tuer l’Europe, c’est asphyxier la France. Le projet de Marine le Pen est peut-être, après tout, de proposer à la France l’avenir confidentiel et tranquille des nations périphériques que l’Histoire a oubliées. Qu’elle le dise, alors! Et qu’on me permette deux questions: ses soutiens sont-ils vraiment conscients du patriotisme d’un genre nouveau, national-défaitiste, que le Front National propose? Par ailleurs, les Etats affaiblis finissent généralement dans l’orbite d’un protecteur puissant. Quel serait donc ce protecteur de la France bleue marine ? La Russie poutinienne ou l’Amérique de Donald Trump ? Et de quelle souveraineté parlerait-on alors?

Nous avons donc le choix entre une souveraineté diminuée, celle d’un pays toujours plus petit, et la souveraineté élargie d’une France inscrite au cœur d’une Europe-puissance. Le remède ne peut donc être que le renforcement de l’Europe pour assurer la survie de la France dans un monde où grondent des menaces à l’Est, au Sud et à l’Ouest. C’est ainsi que nous resterons fort à l’échelle mondiale. La France a besoin de l’Europe, elle a le devoir et la capacité de façonner l’Europe, elle ne doit pas se retirer dans un isolationnisme qui ne correspond pas à nos valeurs ou s’absorber dans la contemplation nostalgique de sa grandeur passée.

Le Front National ment aux plus fragiles, qui seront les premiers touchés.

Mais au-delà de l’analyse, c’est l’imposture politique qui me fait m’indigner. En effet, le Front National ment aux plus fragiles, qui seront les premiers touchés. Ils seront les premières victimes de la remontée des taux d’intérêts et de l’inflation qui suivrait un « Frexit », de la dévalorisation des patrimoines et de l’épargne qu’il entraînerait, de la perte de confiance dans notre économie et du chômage massif qui en découleraient.

Voter Le Pen, c’est quitter l’euro et donc retrouver une monnaie nationale dévaluée et perdre du pouvoir d’achat. Il faut le dire et combattre cette folie mortifère. Sans la protection de l’euro, les marchés attaqueront nos banques et donc notre épargne. Sans l’Union européenne, nous n’aurions plus le porte-voix européen et personne ne nous entendrait appeler à l’aide dans la récession. Car, quoi qu’en disent ses mauvais prophètes, la fin de l’Euro, la fin de l’Union ne seraient pas une catharsis, mais un cataclysme, dont la France serait la première victime.

« Le nationalisme, c’est la guerre ». Et à la guerre, ce sont toujours les plus faibles qui trinquent en premier!

Je ne suis pas un Européen naïf ou béat. J’entends les insatisfactions et les critiques à l’égard de l’Europe. Il faut y répondre, et pour cela entendre le désarroi qu’expriment ceux qui se sentent perdants dans la mondialisation. Oui, il faut protéger mais sans céder à la solution fallacieuse du repli nationaliste et du démantèlement de l’Europe. Car comme le disait François Mitterrand: « le nationalisme, c’est la guerre ». Et à la guerre, ce sont toujours les plus faibles qui trinquent en premier!

Je veux donc adresser un message à ceux qui se rendront aux urnes en mai prochain. Vous avez le droit d’être en colère contre les partis, contre la politique, contre les institutions européennes. Mais ne cassez pas l’Europe, ne brûlez pas notre maison commune! L’Europe, c’est notre avenir et notre protection. Y renoncer, c’est aussi blesser à mort la France. L’Europe a besoin de médecins, pas de charlatans. Nous devons la soigner, et non l’achever.


En finir avec l’austérité en Grèce !

Catégorie : Actualité,Commission européenne,Europe / International,Politique | Par pierre.moscovici | 21/02/2017 à 16:39

Lundi 20 février 2017 : l’Eurogroupe trouve un accord sur la Grèce ! C’est une bonne nouvelle pour la Grèce et pour la zone euro. Mais de quoi s’agit-il exactement, après bientôt sept ans d’assistance financière à ce pays de la zone euro ?

Sans le programme européen et la solidarité de la zone euro, la Grèce aurait plongé dans une récession encore plus dramatique.

Hier, la Grèce – qui a emprunté plus de 250 milliards d’euros depuis 2010 – et les 18 autres Etats membres de la zone euro – les bailleurs – ont trouvé un compromis politique permettant aux institutions chargées de la négociation et de la mise en œuvre du Programme d’assistance financière (2015-2018) de revenir à Athènes rapidement. A la clé, la conclusion d’une étape importante de ce programme et le déboursement d’une nouvelle tranche financière pour assister l’Etat grec, toujours coupé des marchés financiers. Concrètement, les 18 prêtent de l’argent à la Grèce en échange de réformes structurelles et d’économies budgétaires. Et régulièrement, l’Eurogroupe doit faire le point sur ces progrès et décider si l’argent peut être versé. L’objectif ultime est simple : faire baisser la dette grecque et lui permettre de se financer directement sur les marchés à des taux acceptables.

Soyons clairs : sans ce programme européen, la solidarité de la zone euro et – dans une moindre mesure – l’assistance du Fonds Monétaire international (FMI), la Grèce aurait fait faillite, aurait quitté la zone euro et aurait plongé dans une récession encore plus dramatique. Les Grecs ne l’ont pas souhaité. Les Européens non plus, même si certains jouent encore avec la perspective d’un Grexit. La Commission européenne – que je représente – fait partie de ce groupe, appelé Troïka quand elle comptait aussi le FMI et la Banque Centrale Européenne (BCE), devenue un quatuor institutionnel avec le Mécanisme Européen de Stabilité (MES), qui garde l’argent des Etats membres et le verse à la Grèce après l’accord de l’Eurogroupe.

Depuis cinq ans, je combats toutes les tentations punitives, qui voudraient conduire au Grexit ou imposer l’austérité perpétuelle à la Grèce.

Derrière cette mécanique et l’accord trouvé hier, il y a certes de l’économie. Il y a aussi beaucoup de jeux politiques que je veux ici expliquer. Beaucoup, en gros à gauche de l’échiquier politique et au sud de la carte européenne, me disent qu’il est scandaleux « d’étrangler » ainsi les Grecs. Après sept ans d’austérité, une perte de richesse nationale de 27%, plus de 300 000 jeunes ayant fui le pays et un chômage toujours proche des 25%, je comprends cette sensibilité. Pour tout dire, je la partage au fond de moi, plus encore quand je vais à Athènes voir mes amis grecs.

Cela fait bientôt cinq ans que je participe à cette douloureuse négociation, comme ministre des Finances français, puis en tant que commissaire européen. Depuis cinq ans, je combats toutes les tentations punitives, qui voudraient conduire au Grexit ou imposer l’austérité perpétuelle à la Grèce. Et j’ai parfois l’impression que l’on demande toujours plus aux Grecs, pour des raisons économiques, qui cachent mal des enjeux idéologiques et politiques.

D’autres, plus à droite politiquement et géographiquement au nord, nous accusent d’être trop laxistes, de ne pas nous assurer de la mise en œuvre des réformes structurelles longtemps promises. Ils estiment que le système des retraites en Grèce est encore trop déficitaire, que l’impôt est encore trop inéquitable et l’économie pas assez dynamique pour assurer l’autonomie de l’Etat grec. C’est tout aussi est vrai, même si il faut tenir compte des progrès faits ces dernières années. L’économie grecque, si elle veut aller de l’avant, doit se réformer en profondeur, devenir plus productive et attractive.

Enfin, on me dit souvent – avec raison – que tout ceci ne sert à rien si on ne réduit pas la dette grecque aujourd’hui à 170% du PIB. Tel Atlas, le peuple grec porte le fardeau de cette dette et s’épuise à essayer à la fois de la rembourser et de la faire baisser. Tâche à la limite du supportable pour une économie longtemps en récession, peu compétitive, et confrontée à des recettes fiscales encore trop limitées.

L’accord politique de ce lundi maintient l’équilibre politique fondamental visant à aider financièrement la Grèce en échange de réformes structurelles nécessaires et d’efforts budgétaires soutenus dans le temps.

Pour faire simple, il y a trois manières de faire baisser la dette grecque, toutes trois soutenues par des acteurs différents dans cette négociation. Vous pouvez créer de la richesse et ainsi faire baisser le ratio de la dette, via le soutien à la croissance et des réformes structurelles profondes. Beaucoup a été fait par les Grecs et la croissance est enfin positive (2,7% cette année) après des années de récession dure. C’est utile pour la compétitivité, mais trop lent pour avoir un impact rapide sur la dette. Vous pouvez à l’inverse couper dans les dépenses de l’Etat et exiger des surplus budgétaires. C’est ce qui est demandé depuis sept ans via une austérité sévère et qui conduit la Grèce aujourd’hui à un déficit de seulement 1,1% et à même dépasser ses objectifs. Mais là aussi, c’est trop long, douloureux et dommageable.

Enfin, vous pouvez modifier les paramètres de la dette. Non pas l’effacer comme certains le demande un peu trop naïvement en ignorant l’existence et les intérêts des créanciers (ce serait si simple…), mais, comme les Etats l’ont accepté en janvier dernier, en abaissant les taux d’emprunt et en modulant les échéances pour rendre la charge de la dette moins lourde à court terme. Et en mai 2016, l’Eurogroupe s’était aussi engagé à des mesures de moyen terme, pour une étape ultérieure du programme, si les progrès continuaient. La perspective est donc bien là.

Je le redis ici : l’accord politique de lundi est un bon accord pour la Grèce et la zone euro. Il maintient l’équilibre politique fondamental visant à aider financièrement la Grèce en échange de reformes structurelles nécessaires et d’efforts budgétaires soutenus dans le temps. C’est à ce prix que les créanciers consentiront de nouveaux efforts pour faire baisser durablement la dette grecque, objectif ultime de ce programme.

L’Europe doit rester l’espoir des Grecs au bout du tunnel d’austérité.

L’accord de lundi porte en lui un changement important. Pour la première fois, nous avons équilibré les efforts budgétaires avec des mesures de croissance et de soutien social. Pour la première fois apparaît clairement, comme je le souhaitais et l’avais annoncé à Athènes mercredi dernier, une lumière au bout du tunnel de l’austérité pour le peuple grec.

Beaucoup reste à faire pour aider nos amis grecs. L’Europe doit rester leur espoir au bout de ce tunnel d’austérité. C’est la priorité de la Commission européenne et la mienne.